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Tanzanie : L’absence de débouchés et les bas prix contrarient les producteurs de soja

Hidya Muhidini Kipila dans son champ à Mvomero, Morogoro, Tanzania

Elikunda Emmanuel Wanjama est un petit agriculteur qui a commencé à cultiver du soja en 2013 sur une demi-acre de terre. Bien que ce père de quatre enfants exploite actuellement trois acres, le manque de débouchés fiables et les mauvais prix de 2017 ont diminué le revenu que lui rapporte cette culture.

Monsieur Wanjama explique : « La principale difficulté que nous rencontrons … est l’absence de débouchés pour nos produits agricoles. Les fèves de soja sont entassées dans nos maisons. Nous n’avons pas encore trouvé d’acheteurs. »

Monsieur Wanjama est membre de l’association des producteurs de soja Mikumi. Il vit à Lungo, un village de la région de Morogoro, à environ 190 kilomètres, à l’ouest de Dar es Salaam, la capitale économique de la Tanzanie.

Monsieur Wanjama soutient que le manque de débouchés semble s’être aggravé en 2017. Les producteurs et les productrices stockent des tonnes de soja dans leurs concessions et ignorent quand et où ils vendront leurs stocks.

Il affirme que la difficulté est plus grande parce que le soja du Malawi et de la Zambie coûte moins cher que le soja tanzanien.

Monsieur Wanjama explique : « Même les acheteurs qui viennent acheter notre soja nous proposent des prix très bas. [En 2016], on vendait le kilogramme de soja [entre] 1 100 et 1 200 [shillings tanzaniens], ce qui fait à peu près cinquante cents [américain]. Mais cette année, ils nous offrent entre 300 et 500 pour le kilogramme [0,13 $ US et 0,22 $ US]. »

Selon monsieur Wanjama, les producteurs de soja de l’association Mikumi refusent de vendre tant que les prix n’auront pas augmenté. Il ajoute que certains cultivateurs et cultivatrices attendent Tanfeeds, une entreprise qui transforme les aliments pour animaux et produit de l’huile de cuisson de soja et d’autres produits, car l’entreprise a promis d’acheter leur soja.

Monsieur Wanjama explique : « Nous avons entendu que Tanfeeds était censée acheter notre soja, mais elle ne l’a pas fait. Au lieu de ça, elle a acheté seulement 10 tonnes sur 600 tonnes chez les producteurs de soja de l’association Mikumi. Il y a toujours des stocks dans nos magasins. »

Lucas Joseph est chef de projet chez Tanfeeds. Il affirme que la société avait prévu d’emprunter de l’argent à une banque pour acheter du soja chez les producteurs et les productrices. Mais Tanfeeds a rencontré des difficultés financières et a été incapable d’obtenir un prêt.

Monsieur Joseph explique « … comme nous avons raté le prêt bancaire, nous [utilisons] des fonds de nos [comptes] internes, et nous avons commencé maintenant à acheter du soja de l’association Mikumi au prix de 900 [shillings tanzaniens] [0,40 $ US] le kilogramme. »

Monsieur Joseph affirme que, pour aider les agriculteurs et les agricultrices à obtenir de meilleurs prix, Tanfeeds fait affaire directement avec eux sans passer par des intermédiaires.

Habib Masanja est chef de projet au Women and Poverty Alleviation Organization, ou WOPATA. L’organisation encourage les agriculteurs et les agricultrices d’exploitations familiales de la région de Morogoro à cultiver plus de soja.

Selon monsieur Masanja, WOPATA forme les agriculteurs et les agricultrices, leur fournit des semences de qualité et les met en contact avec des acheteurs. L’organisation a facilité l’entente entre Tanfeeds et les paysans et les paysannes de Morogoro. Monsieur Masanja ajoute : « Ces derniers temps, nous cherchons de nouveaux acheteurs de soja dans les régions telles que Morogoro, la région côtière et Dar es Salaam. C’est là-bas que se trouvent les acheteurs, mais les prix qu’ils proposent, selon les agriculteurs, couvrent uniquement le coût de production sans les [bénéfices]. »

Il affirme que les acheteurs avaient proposé des prix plus bas après la récolte de 2017, sous prétexte que le soja tanzanien était de qualité inférieure à celui importé du Malawi et de la Zambie.

Monsieur Masanja ajoute que, pour que les producteurs et les productrices locaux puissent obtenir de bons prix pour le soja, le pays doit investir dans les équipements de transformation afin de rajouter de la valeur au soja. Ainsi, les paysans et les paysannes pourraient vendre du tourteau au lieu de vendre le soja brut à bas prix.

Monsieur Masanja explique : « Le kilogramme de tourteau fabriqué de soja coûte actuellement 1 200 [shillings tanzaniens], soit à peu près cinquante cents [américains]. » Il ajoute que, si les agriculteurs et les agricultrices tanzaniens vendent du tourteau, ils n’auront plus besoin de chercher des acheteurs pour leurs produits.

Monsieur Wanjama affirme qu’au regard de la situation actuelle le gouvernement devrait accorder des subventions aux petits producteurs et productrices de soja et les protéger en interdisant l’importation de produits dérivés du soja.

Hidya Muhidini Kipila dans son champ à Mvomero, Morogoro, Tanzania

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