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Est de la RDC: le kidnapping d'enfants, un business florissant

                                           

C’est une «drôle» d’activité à laquelle s’adonnent certains malfrats de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu, située dans l’Est de la République démocratique du Congo.

Depuis quelques mois, des hommes armés se sont en effet mis au kidnapping d’enfants, un business particulièrement florissant dans cette région secouée par des conflits en tout genre.

L’histoire ressemble à un scénario de film : des ravisseurs, des kidnappés, une demande de rançon et des parents morts d’inquiétudes. A cela près que les parents sont loin d’être fortunés.

Pourtant, les ravisseurs, n’hésitent pas à réclamer une rançon entre 500 USD et 5 000 USD par enfant sous menace de torturer ou de tuer ces derniers si l’argent n’est pas versé.

Les parents, qui doivent déjà se battre pour nourrir leurs familles, vivent un véritable calvaire quand un de leurs enfants se fait kidnapper. La semaine passée, dans le quartier Kasika, une petite fille a été enlevée alors qu’elle était assise devant le domicile familial.

Sans aucune ressource, la maman de l’otage n’a eu d’autre choix que de quémander dans la ville afin de réunir l’argent qui servira à payer les ravisseurs, dit-elle à Anadolu sous couvert de l’anonymat. « Pourvu que ma fille revienne en vie », lâche-t-elle désespérée.

S’exprimant à travers les ondes d’une radio locale, une autre mère raconte : « ça fait très mal de vivre le kidnapping de son enfant. Nous ne savons plus comment vivre ou que faire dans cette ville. La vie ici est déjà particulièrement difficile à tel point qu’il nous arrive de passer des journées entières sans manger. Et pourtant, des bandits n’hésitent pas à venir kidnapper nos enfants et nous réclamer de l’argent », se désole la femme dont l’enfant a été kidnappé et dernièrement puis relâché après paiement d’une rançon de 500$.
Le chantage se fait par téléphone

A chaque fois que des inconnus kidnappent un enfant, c’est le même schéma qui se répète. Les ravisseurs appellent les parents ou un membre de la famille pour revendiquer le kidnapping et exiger une certaine somme d’argent pour libérer l’otage. Les parents doivent alors envoyer l’argent via « un compte mobile-money », expliquent les parents victimes de ces ravisseurs.

« Un jour, un kidnappeur m’a dit : j’ai déjà reçu un acompte de 250 dollars pour tuer ton enfant. Si tu veux qu’il reste en vie tu dois d’abord me rembourser cet acompte et me donner l’argent que j’aurais touché pour sa mort », raconte à Anadolu un père dont l’enfant âgé de 6 ans a été kidnappé puis relâché non loin de chez lui.

« J’ai dû payer le triple de l’acompte, et transférer l’argent au numéro mobile-money du malfrat. Une fois que j’ai effectué cette transaction, la ligne n’était plus disponible », dit-il.
Pour Patient Kambale, «les faits liés aux kidnappings sont tellement fréquents que même la justice ne peut plus vraiment faire grand-chose. Les kidnappeurs sont toujours libres et opèrent en toute quiétude » dénonce le père de famille, rappelant qu’un enfant a même été tué dans le quartier huppé de Keshero, après que ses parents ont tardé à verser 5 000 dollars.
« Les parents doivent toujours être vigilants et surveiller les moindres faits et gestes de leurs enfants », ajoute-t-il.

« L’essentiel pour moi c’est d’épargner la vie de mes enfants aussi longtemps que les services de sécurité ne mettront pas la main sur ces kidnappeurs qui, visiblement opèrent en réseau et qui n’hésitent pas tuer les enfants si la rançon n’est pas payé », déclare pour sa part Eliane, qui a dû payer 500dollars pour que son enfant recouvre la liberté.
Du côté des forces de l’ordre et des instances judiciaires, on assure faire «ce qu’on peut ». « Une dizaine d’enfants ont été enlevés depuis le début de l’année et nous avons réussi à mettre la main sur certains ravisseurs, mais il y a encore beaucoup à faire », déclare à Anadolu un policier de Goma.

D’après la radio onusienne « Okapi », le 7 juin dernier, le tribunal de paix de Nyiragongo à Goma, a prononcé un verdict dans le procès de huit femmes accusées d'enlèvements d'enfants. Une d’entre elles a été condamnée à deux ans de prison, une autre à un mois de prison (mais juste pour détention de chanvre) tandis que les autres ont été acquittées faute de preuves suffisantes.

Deux enfants, âgés de 8 et 10 ans, qui avaient été kidnappés par ces femmes, ont affirmé, lors de leurs dépositions durant le procès, avoir été à plusieurs reprises utilisés pour le vol du bétail pour le compte de leurs ravisseurs, d’après la même source.

De plus en plus de voix s’élèvent à Goma, pour réclamer à l’Etat plus de fermeté et d’engagement afin d’endiguer un phénomène qui prendre de l’ampleur jour après jour.

Joseph Tsongo, Goma