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Kigali : un fleuron high-tech nommé KLab

Porté depuis 2012 par Aphrodice Mutangana et ses acolytes, KLab est l'incubateur d'innovations rwandais le plus dynamique. Tout le monde y accourt. Dirigeants d'entreprise, présidents, ministres, jeunes entrepreneurs : tous se bousculent pour visiter le Rwanda. Ses parcs nationaux, ses animaux, son aéroport, mais pas que. Depuis 2012, l'un des endroits les plus visités de la capitale Kigali est bien le KLab, un incubateur qui accueille entrepreneurs, porteurs de projets et jeunes enfants avides d'apprendre à coder. Il y a quelques mois, même la chaîne de télévision internationale TV5 Monde a choisi Kigali et le KLab pour sa nouvelle offre numérique 100 % africaine. L'occasion pour la chaîne francophone de remettre ce 6 décembre le prix TV5Monde de l'innovation à Aphrodice Mutangana, le fondateur de ce premier hub d'innovations de tout le pays.

Entre 2012, date de sa création, et fin 2016, plus de 50 000 personnes sont passées par KLab. Preuve que l'initiative répondait à un réel besoin. « On était encore marqués par la révolution en Tunisie, se souvient Aphrodice Mutangana. On a regardé les statistiques du chômage dans notre pays, qui devenait important. Chez les jeunes, surtout, sachant que 70 % de notre population a moins de 35 ans. Si on ne faisait rien, ces chiffres allaient se transformer en poudrière. » Aphrodice et ses acolytes, neuf jeunes Rwandais, vont donc retrousser leurs manches et décider de s'attaquer eux-mêmes au problème et créer le premier incubateur du Rwanda.

Faire de KLab un lieu de passage obligé à Kigali

Jonché sur l'une des collines qui font la réputation de Kigali, KLab est installé au sixième étage de l'Innovation Center, un immeuble appartenant au gouvernement rwandais qui réunit des start-up et acteurs du numérique de la ville. KLab, pour « Knowledge Laboratory » (« laboratoire de la connaissance » en français), se veut être un espace collaboratif gratuit dédié aux entrepreneurs en herbe. Aphrodice Mutangana, officiellement directeur général de la structure, joue les guides pour tous les visiteurs des lieux, nombreux à en croire les murs des cartes de visite affichées en face du café social installé dans les locaux. « Je veux faire de KLab le passage obligé pour toutes les personnes de passage à Kigali, comme la tour Eiffel à Paris ! »

En attendant, KLab, fierté des autorités nationales, est d'ores est déjà systématiquement pris en exemple pour démontrer la nouvelle dynamique économique du pays, véritable pépinière de start-up. « Pour lancer notre projet, nous avions besoin de fonds. Nous sommes allés taper à la porte du gouvernement. On nous a dit : On n'a pas d'argent pour vous. En revanche, on peut vous mettre à disposition des locaux. Nous avons bien sûr accepté. Et c'est là où nous sommes toujours installés aujourd'hui. Nous ne payons aucun loyer. Mais il faut savoir qu'ici, avant nous, c'était un restaurant chinois. Vous imaginez alors l'état, il y a avait des cuisinières, des frigos, il fallait tout refaire et nous n'en avions pas les moyens. » Mais, grâce à une volonté et une énergie à toute épreuve, et sans doute des talents de négociateurs bien dissimulés, Aphrodice obtient d'un opérateur privé la remise en état des lieux, d'un autre du mobilier, et un autre encore leur offrira la connexion à Internet. L'aventure KLab peut alors démarrer.

Un écosystème favorable à la création

« Le concept, c'est offrir un espace pour aider ces jeunes. Un open space accessible à tous, gratuitement, et ouvert 24 heures sur 24. Ils viennent juste avec leurs idées et on les aide à les transformer en réalité. » En plus d'un lieu de travail, les porteurs de projet viennent partager, échanger, confronter leurs idées et bénéficier de leur expérience des autres. Wifi, bureaux, salles de réunion, espace détente avec un baby-foot, des citations au mur pour vous inspirer et vous remotiver en cas de blues… Tout un écosystème favorable à la création et à l'innovation.

200 entreprises sont ainsi nées ici. 60 ont atteint le stade de maturité, 4 sont leader sur le marché dans leur secteur d'activité, 2 se sont développées à l'international. Dont GiraICT, un fabricant de tablettes et de smartphones accessibles aux plus bas revenus notamment grâce au paiement mensuel ; ou encore SafeMotos, une start-up qui propose un service similaire à celui d'Uber mais pour les motos-taxis.

« On n'est pas un incubateur, souligne Aphrodice en poursuivant la visite, mais un préincubateur. On les aide à structurer leur projet. Pour cela, ils restent tout le temps qu'ils le souhaitent. » Le centre est divisé en deux parties : KLab, où les jeunes entrepreneurs bénéficient d'un accompagnement pour structurer leur projet, grâce notamment à l'expertise des 60 mentors nationaux et internationaux qui soutiennent la structure, et Fab-Lab, où ils lui donnent naissance. « Nous avons ouvert Fab-Lab l'an dernier. On conçoit ici les prototypes de drones, de machines… Ces tables ont été fabriquées ici. » Avec 1 700 membres aujourd'hui, 3 sites à l'intérieur du pays, KLab reçoit de futurs entrepreneurs de l'ensemble du territoire national. « Pour encourager la présence de filles, nous avons annoncé que chaque groupe d'entrepreneurs qui amenait une fille se verrait offrir une table de travail. Résultat, alors qu'entre 2015 et 2016 nous n'avions que 12 % de filles, désormais nous en avons plus de 30 %. »

Ingénieux, Aphrodice l'est tout autant s'agissant de son modèle économique. « Je tiens à ce que KLab reste entièrement gratuit, insiste-t-il, avant de confier une anecdote personnelle. Quand j'étais petit, j'étais toujours le deuxième de la classe. Devant moi, un garçon était toujours le premier. Il n'a pas pu aller au secondaire faute de moyens. Je ne l'ai pas oublié. Même si on ne demande que 5 000 francs rwandais, ce qui revient à moins de 5 dollars, il y aura toujours quelqu'un qui ne pourra pas payer alors qu'il a des projets. Si je l'aide, d'ici deux ou trois ans, il pourra devenir quelqu'un. »

Entrepreneur social dans l'âme, Aphrodice a en outre créé et dirige Foyo Group Ltd, une société qui a conçu et développé l'application mobile Foyo M-Health et Napteker, un répertoire pharmaceutique en ligne, il a alors développé un modèle économique qui assure la gratuité aux membres. « Nous avons trois sources de revenus. La première, on mise sur les partenariats avec des entreprises dans le cadre de leur politique RSE. Par exemple, un de nos membres a un projet dans l'éducation, leur politique RSE est axée sur l'éducation, on les invite alors à le financer dans ce cadre. La deuxième, on développe des solutions pour des organisations. Par exemple, actuellement, on conçoit pour la FAO des applications pour fournir aux agriculteurs des indications météorologiques. Et la troisième, des dons. Mais à présent, avec les deux premiers, on est indépendants financièrement. » Le moment donc pour la structure de voler de ses propres ailes. « D'ici le 20 décembre, on lance le quatrième business plan. On va construire KLab City. Notre propre espace. Il y aura un stade, un hôpital, des hôtels… 100 % privé. » Les nouvelles ambitions d'Aphrodice devraient voir le jour dans deux ans, financées grâce à un investisseur local. « Le plus gros investisseur privé au Rwanda… » ponctue fièrement Aphrodice.

Le point


Journal Ukuri- vol.97