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Tchad : Déby limoge deux de ses ministres pour des présomptions de malversations

Le président tchadien Idriss Déby Itno a révoqué, ce mardi 30 mai, deux membres de son gouvernement. Officiellement aucune explication n’a été fournie; mais de sources proches de la présidence ont confirmé aux médias que les deux ministres limogés seraient impliqués dans des malversations.

C'est par un simple communiqué laconique, relayé sur les ondes des chaînes publiques dans la soirée du mardi 31 mai, que le président tchadien Idriss Deby a décidé de révoquer deux des membres de son gouvernement qui font pourtant partie de son cercle pour avoir occuper de très hautes fonctions au sein de l'Exécutif et niveau du cabinet présidentiel. «Il est mis fin aux fonctions du ministre de l'Aménagement du territoire Hamid Mahamat Dahalob et du ministre des Mines et de la géologie David Houdeingar», a indiqué le décret présidentiel sans donner les raisons de ce limogeage en bonne et due forme, puisque les deux ministres n'ont pas été remplacés à leurs postes respectifs. Toutefois, selon l'AFP qui a relayé l'information et qui cite une source anonyme, mais officielle, «les deux ministres seraient épinglés dans des malversations par l'inspection générale d'Etat».

Les deux ministres sont des personnalités bien connues du régime de N'Djamena. Le désormais ex-ministre David Houndeingar a été par le passé secrétaire général de la présidence tchadienne, alors que Hamid Mahamat Dahalob avait été ministre de la Justice, avant d'être nommé à la tête du département de l'Aménagement du territoire en février dernier.

Opérations «mains propres»

En attendant la suite de l'affaire, notamment la convocation par la justice des deux responsables du gouvernement, les Tchadiens se livrent en conjoncture politique dans l'optique du remaniement ministériel qui se profile pour pourvoir aux deux maroquins vacants.

D'ores et déjà et si certains observateurs n'hésitent à minimiser la portée de cette décision qui a surpris beaucoup de monde dans le pays, il y a un lien à faire entre ces affaires et l'opération «mains propres» engagée par le chef d'Etat tchadien afin de mettre fin aux détournements des biens publics et surtout renflouer les caisses de l'Etat.

En mars dernier, Idriss Déby Itno, dont le pays est confronté depuis presque deux ans à une conjoncture économique assez critique, a averti qu'il sévira contre les responsables indélicats afin de faire rentrer l'Etat dans ses droits. «La crise financière actuelle nous commande une plus grande maîtrise de nos charges et une discipline budgétaire rigoureuse», avait annoncé Déby qui avait auparavant prévenu «les voleurs de la République de se préparer pour justifier leurs biens, sinon ils seront rétrocédés à l'État pour renflouer ses caisses».

 En plus des mesures d'austérité drastiques que le gouvernement a adoptées en 2016 et qui se sont traduites par une explosion des tensions sur le front social, la chasse à l'argent détourné a également été lancée par les autorités pour grappiller quelques kopecks. Au regard de l'ampleur de la crise que traverse le pays, avec une pression sans précédente sur les caisses du Trésor, aucune mesure ne serait de trop pour faire face à la situation, ne cessent de proclamer les autorités du pays. Et au vu de la corruption qui sévit dans le pays comme cela a été publiquement reconnu par Déby, il y a de quoi renflouer un peu le Trésor public, en faisant rentrer l'Etat dans ses droits.

«Nous devons reconnaître aujourd'hui que la corruption et le détournement ont gravement consommé les ressources nécessaires au développement du pays et tous les prédateurs de la République doivent comprendre que leurs actes ne resteront pas impunis» avait également promis le président Déby.

Et comme pour donner plus de portée à ses déclarations, le chef d'Etat tchadien a martelé que «pour ceux qui pensent que mon propos sera sans suite, ils vont bientôt se rendre à l'évidence. La loi sera appliquée dans toute sa rigueur, dans toute sa force et dans toute sa plénitude». Déby a-t-il enfin décidé de passer des paroles aux actes en commençant par les plus hautes sphères de l'Etat ? Rien n'est encore sûr dans le contexte sociopolitique que vit le pays.

Toutefois, Ce n'est pas la première fois que le président tchadien sévit dans son entourage puisque par le passé, un de ses frères qui dirigeait les douanes du pays a été également limogé, puis interpellé pour les mêmes raisons et d'autres personnalités ont suivi. Mais jusque-là, l'opération ne convainc guère la société civile et l'opposition pour qui, il fallait d'abord que le président commence par son premier cercle afin de véritablement montrer l'exemple.

En janvier dernier, c'est le ministre des Finances qui a été limogé, même si là aussi, aucune raison n'a été officiellement présentée, comme c'était le cas quelques semaines plutôt en décembre 2016 où un autre ministre a également été révoqué.

LT


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