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En RDC, les perturbations climatiques désespèrent les agriculteurs

                          

Alors que les Etats-Unis ont décidé de sortir de l’accord de Paris sur le climat, la RDC se sent plus que jamais concernée par les changements climatiques.

Alors que le président américain Donald Trump a décidé, sans surprise, de sortir les Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat, reléguant ainsi l’écologie au second plan, en République démocratique du Congo, les conséquences liées aux changements climatiques sont, elles, prises très au sérieux.

Pluies diluviennes dans une partie du pays, sécheresses précoces dans l’autre, et dans tous les cas de lourdes pertes aussi bien humaines que matériels, la situation est alarmante pour la population congolaise depuis plusieurs mois.

En mars dernier, dans la province de Mai-ndombe (sud-est) une pluie torrentielle accompagnée d’un vent violent avait fait plusieurs morts et emporté plus de 500 maisons, selon la Radio Okapi, la radio onusienne.

La capitale Kinshasa, s’est elle aussi retrouvé à de multiples reprises sous l’eau, en raison des pluies diluviennes qui ont laissé des centaines de personnes sans-abris, tandis que dans l’ex-Katanga des insectes attaquent des milliers d’hectares de maïs.

Dans le Nord-Kivu, province située dans l’Est de la RDC, les agriculteurs sont désemparés. Les fougueuses pluies qui se sont abattues depuis le début de l’année, ont détruits des centaines d’hectares de soja, manioc, maïs, sorgho, riz, patates douces, haricots, selon les témoignages recueillis par Anadolu.

« Il y a quelques années encore, il pleuvait normalement et il y avait aussi du soleil. Le climat nous permettait d’avoir de très bonnes récoltes » assure Oscar Hangi, agriculteur du Nord-Kivu rencontré par Anadolu.

«Depuis quelques temps on remarque la formation d’énormes nuages qui sont aussitôt suivis de pluie de grêle, de vents violents et même de véritables ouragans comme je n’en avais jamais vu de ma vie », raconte-t-il.

Un peu plus au Nord du Nord-Kivu, c’est en revanche la saison sèche. Le soleil brûle des sols qui n'offrent en spectacle que des végétaux jaunissants.

Bidana Jeanine, une cultivatrice se dit désespérée « Depuis le mois de janvier, il n’a presque pas plu. Nos cultures ont quasiment toutes jauni, et très bientôt elles vont sécher » déplore-t-elle, étonnée « du changement ».

Dans la province du Sud-Kivu, c’est encore une autre scène apocalyptique : les cultures des marais ont été ensevelies par des courants dévalant des collines quasiment nues.

Non loin de Bukavu, capitale de ladite province, des glissements de terrain ont même emporté des maisons et plusieurs champs de manioc et de bananiers en début d’année.

Le prix des produits agricoles a, quant à lui, galopé : « Un sac d’haricot qui se vendait à 40 000 Fc (30 $) en temps normal, s'écoule aujourd’hui à 100 000 Fc (76 $) » affirme Patrick Kiswahili, économiste et gérant de la coopérative agricole (la pépinière) qui croit fermement que ceci constitue un grave manque à gagner pour les agriculteurs partout dans le pays.

« Le gouvernement congolais doit mettre en place une commission de lutte contre les catastrophes naturelles », estime-t-il dans une déclaration à Anadolu.

Selon Alexis Bonté, le représentant FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture) en RDC interrogé par Anadolu, « l’augmentation de la température, liée à l’impact de la déforestation et à l’émission des gaz à effet de serre, est un des effets perceptibles du changement climatique ».

Pour Bonté, les activités humaines ont une part conséquente dans ce dérèglement. « Pour survivre face à la crise économique et politique qui touche le pays, des habitants coupent du bois pour le vendre, fabriquent de la braise et parfois brûlent la forêt en saison sèche afin d' attraper des rats », raconte-t-il.

Par manque d’information agro-météorologique et d’alerte précoce, les pauvres agriculteurs sont les premiers à souffrir de ces épisodes climatiques extrêmes en RDC.
« C’est difficile de s’adapter au calendrier agricole qui change tout le temps », déplore Kavusa Nadège, une femme paysanne croisée dans les collines de Binza (Nord-Kivu).

Pour Hangi Oscar, ingénieur agronome et phytotechnicien au centre de développement rural CEDERU, une association à but non lucratif qui mène actuellement des activités de renforcement des capacités d’adaptation et de gestion des impacts des perturbations climatiques sur la production agricole et la sécurité alimentaire en RDC, « les changements climatiques provoquent une diminution de 40 % de la production agricole, augmentent le taux de pauvreté, de famine et de mortalité dans le pays ».

Pourtant, la RDC se caractérise par une richesse en ressources naturelles exceptionnelles (forêts, mines, ressources hydriques, biodiversité, énergie), son dense réseau hydrographique dont le Bassin du fleuve Congo et sa population estimée à environ 75 millions d’habitants, dont les revenus proviennent essentiellement du secteur agricole, qui occupe près de 70% de la population active du pays, et qui contribue à l’économie nationale à hauteur de 50%, selon le PNUD.

Afin de faire face à ces changements, le FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) a notamment encouragé la RDC à investir dans la gestion des forêts pour le bien-être des générations actuelles et futures, à l’occasion de la Journée internationale des forêts célébrée le 21 mars.

Du côté du gouvernement on se sent particulièrement concerné par la question. Preuve en est, la réaction de Kinshasa au lendemain de la décision du gouvernement américain de se retirer de l'accord de Paris.

« La République du Congo, signataire de l'accord de Paris, principalement en sa qualité de membre de la Commission des forêts d'Afrique Centrale (COMIFAC) mais également, comme gestionnaire des forêts du bassin du Congo, deuxième poumon écologique mondial, regrette cette décision. Celle-ci va en effet à l'encontre du consensus mondial obtenu de haute lutte sur ces questions primordiales sur le devenir de notre planète » avait ainsi déclaré, le 3 juin dernier, le porte-parole du gouvernement Thierry Moungalla.

Joseph Tsongo, Goma, Imburi Phare


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